De 1937 aux années 1960 : un théâtre de patronage

L’histoire du Théâtre de Bécherel remonte aux années 1930. L’abbé Robert Monnier, alors vicaire-instituteur à Bécherel, décide de fonder un patronage sur la commune. Les travaux sont réalisés avec l’aide des habitants de Bécherel et des alentours et le bâtiment est inauguré en 1937.

L’abbé Monnier donne au théâtre le nom de « L’Espérance » et en fait un lieu de culture et d’animation. En France, le mouvement des patronages est alors en plein essor. Les patronages organisent diverses activités : jeux collectifs, cinéma, sport, culture. Ainsi, le patronage catholique de l’Espérance accueille de multiples activités sportives (basket, gymnastique, ping-pong) et culturelles (théâtre, musique, chorale, fanfare et cinéma). La cour du théâtre est équipée de paniers de basketball et sert donc de terrain, des cours de gymnastique se déroulent au sous-sol et on joue au ping-pong dans la salle verte (actuelles loges).

La salle de spectacle peut accueillir jusqu’à 300 personnes et la scène mesure environ 7×5 mètres. À l’étage dans les bureaux, on se retrouve souvent pour jouer aux cartes. Le sous-sol sert également d’atelier de construction des décors qui sont hissés sur scène grâce à un système de poulies. L’Espérance est à l’époque un lieu de retrouvailles, ouvert à tous, enfants comme adultes, à différents temps de la journée et de la semaine.

On retrouve dans le patronage, le concept d’éducation populaire : le développement individuel et le développement social communautaire sont recherchés, afin de permettre à chacun de s’épanouir et de trouver une place dans la société.

Dans les années 1950, le Centre Dramatique de l’Ouest (1949-1956) vient jouer plusieurs de ses spectacles dans la salle de l’Espérance à Bécherel. Fondé à Rennes le 3 novembre 1949, le Centre Dramatique de l’Ouest est issu du mouvement de décentralisation théâtrale, activé dès 1945. Pour le Ministère, il s’agit alors de combler le fossé culturel qui existe entre la province et Paris, la capitale détenant un quasi-monopole en matière artistique. La mission des centres dramatiques est donc d’apporter le théâtre jusque dans les régions oubliées, voire complètement ignorées par celui-ci.

Le fonds du Centre Dramatique de l’Ouest des archives départementales permet de retrouver des correspondances entre le Centre Dramatique de l’Ouest et l’Espérance qui attestent qu’ont été jouées à Bécherel :

  • – Georges Dandin de Molière dans une mise en scène de Maurice Jacquemont, le 18 juin. C’est la première fois que l’Espérance accueille un spectacle du Centre Dramatique de l’Ouest et c’est un vif succès, puisque plus de 250 spectateurs y assistent.
  • L’école des femmes de Molière dans une mise en scène de Hubert Gignoux le 8 février 1951 ;
  • La mégère apprivoisée de William Shakespeare dans une mise en scène Henry Grangé le 13 mai 1951 ;
  • Le malade imaginaire de Molière dans une mise en scène de Henry Grangé le 9 février 1952 ;
  • Knock de Jules Romains dans une mise en scène de Hubert Gignoux le 27 septembre 1953 ;
  • Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Laiche dans une mise en scène de Maurice Jacquemont le 26 septembre 1954 ;
  • Le barbier de Séville de Beaumarchais dans une mise en scène d’André Maheux le 16 octobre 1955.
  • Une rumeur dit par ailleurs que Louis Jouvet aurait joué sur les planches du théâtre…

Des années 1970 à 1992 : un théâtre qui tombe en désuétude mais une dynamique culturelle qui se développe à l’échelle du territoire

Le Théâtre de l’Espérance vit ses heures de gloire jusqu’aux années 1970, puis tombe en désuétude avec l’arrivée du téléviseur dans les foyers français. La salle finit même par être fermée car elle n’est plus aux normes de sécurité. Alertée par la Paroisse, la ville décide donc de louer la salle, notamment en vue de sous-louer le lieu pour différents projets.

En 1987, on fête les cinquante ans du patronage. La Paroisse tente de récupérer la gestion du Théâtre mais ce projet n’est pas tenable financièrement. Le Théâtre sera finalement vendu à la Mairie en 1992.

Parallèlement, des dynamiques culturelles se développent à l’échelle du territoire de Bécherel :

Un festival d’été, le festival du Pays de Bécherel, voit le jour en 1987 sous l’impulsion du « Grand Huit » qui crée en 1986 une structure juridique autonome : « Festivals d’été en Ille-et-Vilaine ». La première édition a lieu du 15 au 22 juillet 1987, avec pour l’inaugurer, un cortège qui part de la place des villages alentours pour se réunir à Bécherel. Il s’agit d’un acte symbolique qui relie les territoires. La deuxième édition du festival a lieu du 15 au 24 juillet 1988. Le cortège d’inauguration ouvre à nouveau l’événement. Des concerts de musique classique ont lieu au Tertre magique, sur la place du Vieux marché, à la chapelle St Thomas et à la Forge de Bécherel. Des spectacles de cabaret se déroulent tous les soirs sur la place de la Mairie de Bécherel. La troisième et dernière édition se déroule du 14 au 22 juillet 1989. Ce festival rassemble en moyenne 3000 spectateurs par an.

Cortège d’inauguration du Festival du Pays de Bécherel (1987)

Parallèlement, une dynamique associative avec l’association Savenn Douar se structure autour de la volonté de penser un développement local en milieu rural basé sur un projet d’animation culturelle. Après une visite à Redu, cité du livre des Ardennes Belges, l’association se structure à Bécherel, afin de créer une dynamique autour du livre favorable à la création d’emplois, pour revitaliser le centre ancien de Bécherel. En 1989, est organisé à Bécherel, une Fête du Livre. Celle-ci connait un succès important et suscite l’installation de différents professionnels du livre sur le territoire. Plusieurs animations s’organisent et commencent à se ritualiser marquant ainsi le rythme de la vie communale. Bécherel devient une cité du livre qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

De 1992 à 2005 : un théâtre municipal

Après divers échanges entre la Paroisse et la Mairie, le Théâtre est racheté par la commune en 1992 au prix de 256 000 francs. S’ouvre alors une période durant laquelle la Mairie va gérer la programmation et la location de la salle.

Parallèlement, le théâtre amateur se développe sur le territoire. La compagnie A rideaux ouverts se monte en 1990 à Bécherel. La compagnie Les Joyeux Grillons se crée également dans les années 1990 à Miniac-sous-Bécherel.

De 2005 à 2017 : une compagnie en résidence

Créée en 1999 par Bertrand Larmet et Véronique Martinez, la compagnie Art’Comedia est spécialiste du théâtre musical et a pour objet la création, la production et la présentation au public d’oeuvreslyriques, théâtrales, musicales et chorégraphiques. La compagnie s’installe à Bécherel en octobre 2005.